Bloguer, est-ce livrer un personnage ?
La petite crise de blogging qui m'affecte m'interpelle, à un moment de retour d'exposition médiatique (en tant que "star des blogs", c'est l'étiquette qui me colle à la peau, et la starification engendrant une accumulation, ça n'est évidemment pas prêt de s'arrêter).
Sur ce blog, je livre très peu. Billets courts, rapidement balancés, quand le temps me le permet. Et surtout, je ne livre que ce que je vois et lis. jamais ce que je vis.
A coté du blog, offline, des sollications, échanges, conférences, colloques, réunions qui s'accumulent, des travaux intéressants, des expériences qui mériteraient d'être livrées, des participations diverses qui pourraient être contées au lecteur, partagées ici. Dont une partie liées à ce statut de blogueur (quel drôle de statut, quand même).
Mais voilà. Quasiment jamais, sur ce blog, je n'ai parlé de moi. De mon quotidien, de mon activité professionnelle, des colloques où je vais, des conférences que j'anime, des papiers que j'écris ici ou là (sauf quelques exceptions). Pas mon goût, pas mon habitude. Réserve, aussi, volonté de ne pas entrer dans une économie de la flagornerie et de la mise en scène de soi. Et pourtant, il y aurait à faire, et, en quelque sorte, à rendre, sur ce blog, de ce qu'il m'apporte, aussi.
Le temps manque, aussi, cruellement, actuellement. Les billets en mode brouillon s'entassent dans le backoffice de ce blog. Les titres de "billets à écrire" sont légions, sur post-its sur mon bureau, dans mes cahiers, sur mon téléphone.
Sans compter quelques projets dont je pourrais bien parler un peu ici, bientôt.
J'en suis à 2000 billets écrits en plus de cinq ans. Changer un peu semble logique, tant la lassitude et l'inhibition sont fortes, devant un environnement de plus en plus actif et de qualité.
Ici, comme peu à peu je l'endosse, cela devient donc - aussi - "le blog de Nicolas Vanbremeersch". Plus tant que ça uniquement versac.net, ses liens rapides, corrections et réactions, cette sorte de personnage virtuel, anonyme au départ, ce bout de moi, qui n'était en aucun cas moi-même. Cette mue s'opère progressivement.
Que le lecteur se rassure, on ne va pas verser ici dans le quotidien, façon journal extime ou autopromo. Je ne bloguerai pas mon agenda et mes diners en ville. Je ne parlerai toujours pas des domaines d'intervention des clients de spintank. Je tenterai de ne pas me faire mousser à raconter des rencontres ou conférences par pur plaisir ou flagornerie. On ne lira pas ici des éditos à la Christophe Barbier, façon "je dinais l'autre jour chez Alain Minc" (même si je n'ai - heureusement - jamais diné avec Alain Minc, Dieu m'en préserve)...
La matière de ce blog a été ce que je regardais. Il va être, un peu, aussi, ce que je vis. Nécessité, et juste retour. Pragmatisme ?




La réconciliation tant dans le discours que le vécu d'idéaux aussi intransigeants soient-ils avec la banalité d'un quotidien quel qu'il soit fait certainement partie des conséquences inévitables d'un certain processus de maturation par lequel la pratique de l'expression trouve petit à petit le moyen de figurer et représenter non pas le compromis mais la convergence entre l'existence et l'ambition.
Rédigé par: Gus | 27 juin 2008 at 06:02
Pourquoi vous félicitez-vous de n'avoir jamais dîné avec Alain Minc ? On peut l'aimer ou pas, mais ça ne doit pas être inintéressant de dîner avec lui, non?
Rédigé par: Etienne | 27 juin 2008 at 08:20
Est-ce que ce n'est pas le stade ultime de l'économie de la "flagornerie" et de "l'estime de soi" que de dire justement qu'on n'a pas la volonté de se plier à l'économie de la flagornerie et de l'estime de soi ?
Quand on se veut modeste, il ne faut se vanter de l'être : en le faisant on ne l'est plus de facto!!
Rédigé par: Etienne | 27 juin 2008 at 08:24
Etienne : et si le stade ultime du stade ultime de cette économie était justement de le dire ? Au jeu de la mise en abime, on peut aller très loin.
Je crois que je me suis mal exprimé dans ce billet, posté un peu tard. ce que je veux dire, c'est que ce blog m'emmerde, et devient une sorte de gremlin merdique.
Rédigé par: versac | 27 juin 2008 at 10:36
De toute façon, écrire sur ce qu'on aime ou ce qu'on suit, c'est livrer au lecteur des pistes, qu'on souhaite s'exposer ou se dissimuler. Un profil se dessine, peu à peu, fruit de l'accumulation des billets.
Pour échapper à cet écueil, il faudrait que ce blog soit collectif, lourdement collectif, au point d'être impersonnel, mais le succès de Versac, ce sont les centres d'intérêt de Nicolas Vanbremeersch, alors... Il en est d'ailleurs de même chez Eolas, chez Jules, et chez les autres. Les lecteurs, comme dans la presse, cherchent un auteur, dont ils apprécient de suivre les marottes, et qu'ils peuvent lire sans piège, en connaissant petit à petit la personne et ses biais, derrière l'auteur.
Pour ma part c'est cet assemblage de VOS centres d'intérêt que je viens chercher, lorsque je lance mon navigateur, ainsi que chez les autres "blogueurs de référence".
Amitiés lectrices,
Rédigé par: Emmanuel | 27 juin 2008 at 10:46
Il y a 1 an et+ ça dépotait ici. Depuis quelques mois ça fait "ronron". Il faut retrouver cette passion des débuts. Dur! dur!
Rédigé par: toto | 27 juin 2008 at 13:21
> toto
J'aime bien les mecs dans ton genre, encourageants et utiles.
Rédigé par: rk | 27 juin 2008 at 15:53
En tout cas, merci pour avoir "créé" la république des blogs!
Rédigé par: eric | 27 juin 2008 at 16:01
@ rk
Je ne vais pas encourager "versac" à ronronner. Mais mon avis n'est qu'un avis, tout ce qu'il y a de subjectif.
De là à dire que ce blog est devenu "une sorte de gremlin merdique" , non franchement non. Il y a juste que versac ne peut pas être au top tout le temps.
Rédigé par: toto | 27 juin 2008 at 16:34
« La matière de ce blog a été ce que je regardais. Il va être, un peu, aussi, ce que je vis. »
C'est très bien tout ça, pour le lecteur pas très politicard que je suis ;-)
Rédigé par: Christophe D. | 27 juin 2008 at 21:41
"Il va être, un peu, aussi, ce que je vis." J'espère que le "un peu" sera de mise car la qualité de Versac, c'est d'être l'un des rares blogs à aborder de vrais sujets, où l'auteur ne se regarde pas le nombril... C'est pour ce regarde sans cesse étonné et tourné vers le monde extérieur que je viens ici si souvent :)
Mais il faut aussi que l'auteur se fasse plaisir, alors... Reste à trouver le juste compromis !
Rédigé par: Aude | 28 juin 2008 at 12:49
Pour fournir une piste de réflexion, rien de tel que reciter ce qu'on peut lire sur un autre blog pas très loin de cette galaxie :
".... Comme le notait Hélène Rey, la presse anglaise de qualité énonce des faits précis, chiffres à l’appui, puis se lance dans une analyse de façon avouée, transparente et logique."
http://www.debateco.fr/38,851/20080611-mucherie-enseignement-science-economique-formation-prof-journaliste.html
Rédigé par: Threx | 28 juin 2008 at 19:29
Marrant : et si le titre du billet était le sujet de philosophie du baccalauréat 2015 (s'il existe encore...) ?
Rédigé par: Gizmo | 29 juin 2008 at 09:00
Bonjour,
je me faisais la même réflexion (mais sans concrétiser !!!) - mon prochain blog sera sans doute plus "démocrate" que "démocratie".
"Bloguer, est-ce livrer un personnage ?" C'est s'exprimer soi sur une scène. Le résultat dépend de soi, de la scène, et de son rapport à la scène,… (Scoop !)
Rédigé par: FrédéricLN | 29 juin 2008 at 17:35
N'oubliez pas de votre rémunération. Suivez l'exemple d'Erik Rasmussen, fondateur de «Mandag Morgen», qui vend (bien) ses analyses. A quand les cahiers Versac distribués aux décideurs. (Libération 30 juin 2008)
Rédigé par: ceriselibertaire | 30 juin 2008 at 15:45