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03 juin 2008

Obama... en route

J'ai eu le rare privilège de dîner hier soir avec un proche conseiller de Barack Obama, Moses Mercado. Ce fut passionnant, pour l'amateur de campaigning que je suis, que de profiter d'un échange de qualité avec un pro des affaires politiques du camp démocrate, qui a récemment rejoint l'équipe d'Obama.

Quelques mots sur l'homme. C'est un de ces routiers de la politiques américaine, mélange hispanisé de Josh Lyman et Toby Ziegler (poour ceux qui ont vu The west wing). Le genre de personnes qui officient dans l'ombre des cabinets, connaissent la carte électorale et les techniques de campaigning sur le bout des doigts, et sont intarissables (et passionnants) sur le sujet.

Moses Mercado est avocat, Texan, pas très grand, un peu fort, solide et hypervif, manifestement très intelligent. Il porte en chevalière le blason de l'université du Texas. Avocat, il a été le chief of staff de Gene Green, congressman démocrate du Texas, avant de servir comme Deputy chief of staff de Richard Gephardt, le leader des démocrates à la Chambre, pendant six ans. Il a mené la campagne de Kerry en 2004 au Nouveau-Mexique et a ensuite rejoint l'équipe de Dean à la tête du parti démocrate (en charge notamment de la communication auprès des élus). Bref, le pedigree du conseiller terrain, hyper connaisseur des affaires de Washington comme des enjeux électoraux locaux. Bref, vous voyez le topo : un pro.

Il était récemment passé au privé, en rejoignant le cabinet de lobbying Ogilvy PR. Il s'en est mis en congé pour rejoindre l'équipe d'Obama (déclenchant d'ailleurs une polémique habilement soutenue par les républicains : Obama s'était vanté de son indépendance vis-à-vis des lobbies, et voilà qu'un lobbyiste - de quelques mois - le rejoignait). Mercado agit dans l'équipe d'Obama à titre bénévole.

Nous avons parlé, pendant plusieurs heures, essentiellement d'Obama et de la campagne en cours. En voilà quelques rapides notes, des bribes de choses qui sont passées dans la discussion.

Changement d'échelle

Au delà même du fundraising, qui a atteint des sommets que jamais on n'aurait même imaginé atteindre en 2004 (Obama lève en un mois ce que Dean avait levé à l'époque, et qu'on considérait comme extraordinaire), l'effet de levier de la campagne devient fou. L'impact sur les registrations (les inscriptions, en tant que démocrate ou républicain) est parfois ahurissant, les rallies ont été transformé, pour ne concerner quasiment plus que des stades. Rien de neuf, me diront les habitués de la chose, mais il faut quand même le rappeler : on a, en quatre ans, totalement changé d'échelle : ce n'est plus la vague Dean, qui est montée, et retombée. L'impact sur tous les indicateurs est très durable.

Sites pivots

On a beaucoup parlé de la manière dont internet bouleverse la campagne. Rien de bien nouveau, encore, pour les habitués du sujet, mais une confirmation : ce sont bien quelques sites pivots, aux Etats-Unis, qui deviennent essentiels. Notamment politico. Là où l'information se passe, c'est sur ces sites en marge, ou en avance, qui jouent le rôle de pivot entre la blogosphère et les media traditionnels. Politico, de ce point de vue, semble avoir réussi son pari (Drudge aussi, évidemment, dans un autre genre). Ces sites pivots, qui font le lien, à double sens, entre les sphères de journalisme professionnel et les espaces sociaux, sont devenus les constructeurs de l'agenda, observés et jalousés par tous.

Changement de cycle

Le mode de travail des équipes de campagne et des modes de communication a profondément changé. Avant, le rythme d'une journée de campagne consistait en des rendez-vous, entre deux périodes d'annonces : très tôt le matin, et en fin d'après-midi. Désormais, une équipe de campagne travaille en continu, même la nuit, pour nourrir ou réagir au flux de nouvelles. il n'est pas rare que des communiqués soient envoyés vers 23h à des sites comme Politico, ou stopper un emballement en ligne. Et puis, on oublie (ou on devrait oublier) la règle du "si tu as une mauvaise annonce à faire, balance-là le vendredi", qui voulait qu'on annonce ls choses au moment où les journalistes partent en week-end : le flux continu d'information généré par une masse de publication hyper-abondante lisse ces effets et empêche ces contrôles par agenda trop faciles.

Obama donne raison à la 50-state-strategy

Une de mes questions a porté sur la 50-state-strategy d'Howard Dean. Mercado confirme en effet que le succès d'Obama vient exploiter à plein l'investissement effectué par Dean dans la reconstruction du réseau démocrate. Pour faire court, Dean (Mercado était alors à son cabinet) a impulsé, à la tête du parti Démocrate, une grande opération de reconstruction des réseaux démocrates dans les États abandonnés, car perdus pour toujours aux Républicains. Stratégie fort critiquée, car coûteuse, et pas directement efficace, là où le parti se concentrait traditionnellement sur ses bastions, et sur les swing states. Le succès d'Obama vient valider, au moins partiellement, cette stratégie visionnaire, puisqu'Obama a, d'une part, fondé son succès sur des victoires dans de petits partis perdus, et aussi parce que certains Etats, jusqu'ici voués à rester Républicains, s'ouvrent : les swing states seront sas doute plus nombreux, et pas tout à fait les mêmes, cette année. Heureusement que des bases militantes y ont été établies.

Mercado nous a dit que Dean avait un coup d'avance. Il l'avait en 2004 avec son utilisation du web. Il l'a eu sur sa stratégie à la tête de la DNC. Mais surtout, Mercado nous a expliqué ce qu'était cette 50-state-strategy. Cela a beaucoup consisté en une oeuvre difficile : mutualiser le fichier des sympathisants démocrates, faire oeuvre de CRM commun. Jusqu'ici, chaque Etat gérait son fichier politique à sa façon. Si bien qu'un registered démocrat, qui allaint du Nouveau Mexique au Kansas, était perdu, puis nouveau, mais qu'un n'avait aucun historique sur lui, et qu'on ne pouvait pas capitaliser. Dean a unifié la chose, et rendu une information de meilleure valeur ajoutée à ses acteurs de terrain, en les rendant plus atonomes. Le parti se concentre sur les moyens de rendre l'action politique la plus efficace possible, dans un vrai rôle d'enabler de l'action locale. très intéressant, et riche d'enseignements pour les partis français (on n'est pas très loin de ce que fait l'UMP, toutes choses égales par ailleurs - professionnalisme compris).

La fin de Clinton ?

Évidemment, la question que tout le monde se pose, depuis plusieurs semaines, c'est : "mais quand est-ce qu'elle arrête ?". Mercado n'a pas la réponse, évidemment. On pourrait espérer que ce soit vite. L'enjeu, pour Obama, est de disposer de quelques semaines, ou mois, pour se préparer aux derniers mètres, ceux qui s'étalent entre les conventions (fin août, jusqu'au Labor Day) et début novembre. Pour, par exemple, se constituer une stature internationale.

Clinton est irritante. Au début, je n'avais aucun a priori contre elle, même plutôt ce préjugé favorable, lié à son aspect solide, sa certitude, son positionnement, et l'effet Clinton. Obama, d'ailleurs, me déplaisait un peu, avec ses manières populistes et son rêve américain. depuis le début des primaires, je me mets peu à peu à ne plus supporter cette femme, et sa campagne a directement contribué à la rendre désagréable. Le meilleur exemple, évoqué hier soir, est cette propension à changer les règles de l'élection au fur et à mesure de ses résultats. La règle est claire : ce sont les voix de délégués qui comptent. Hillary Clinton n'a eu de cesse, au fur et à mesure de sa campagne, de définir de nouveaux objectifs : le vote populaire, les superdélégués, les Etats, etc... Chaque fois qu'Obama la dépassait sur un nouvel indicateur de succès, elle tentait de se rattacher à celui qui était encore envisageable. Effet d'irritation garanti.

Quel VP ?

L'autre question sur toutes les lèvres. Mais qui va-t-il choisir comme VP ? On en a fait un portrait robt, pas évident. De l'expérience, mais pas un vieux de l'establishment pour autant (ce qui ferait perdre tout le crédit lié à la rupture). Pas une minorité (ce qui en exclut des bons). Nous avons égréné divers noms, comme le font pas mal de passionnés de politique américaine, sans parvenir à trouver quelqu'un qui n'entrave pas le mouvement, tout en offrant un aspect crédibilisant à Obama. Peut-être sera-t-on franchement surpris.

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Voilà pour quelques bribes, quelques éléments. L'occasion de faire le point, au moment où barack Obama va gagner le Montana, peut-être le Dakota du Sud, et que les rumeurs de fin de Clinton se font de plus en plus persistantes.

Vivement la nouvelle étape de cette élection. Le duel Santos-Vinick promet.

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Voici les sites qui parlent de Obama... en route :

Commentaires

Merci pour ce billet passionnant :-)

Je me demandais aussi quand vous parleriez d'Obama. Pas un mot sur le site web du candidat ? En voilà pourtant un qui tranche avec les sites des hommes politiques français. Du travail de pro, non ?

Sinon : "fondé son succès sur des victoires dans de petits partis perdus" Hmm... dans des petits *états* perdus, j'imagine ?

L'effet de la 50-states strategy de Dean s'est aussi vu dans les élections de 2006, puis dans les élections partielles de 2008. Pour les républicains, perdre un siège de député dans la sixième circonscription de Louisiane, qui est réputée être structurellement républicaine et vote toujours 10 points plus républicain que la moyenne du pays, ça a été un choc (3 mai 2008). Il semble que, quel que soit le résultat de la présidentielle, la stratégie de Dean a déja/va porter des fruits à la Chambre et au Sénat. À tel point que le responsable de la stratégie pour les représentants républicains a reconnu publiquement... qu'il n'avait pas de stratégie gagnante, et qu'il conseillait à chacun de se débrouiller comme il le pouvait ("chacun pour soi", si vous préférez).

Je ferais volontiers un parallèle aussi entre la campagne de John Kerry ("il faut voter pour moi parce que je suis le plus capable de battre GW Bush") et celle d'Hillary Clinton ("il faut voter pour moi parce que je suis la plus capable de battre J McCain"). La réponse d'une partie des démocrates a été, clairement : "merci bien, mais on nous a déja fait le coup" (toute analogie avec la campagne française serait d'ailleurs pure coïncidence).

Merci effectivement pour cet article.
Même si je ne suis pas assez initié pour comprendre the last sentence??

Ce que j'adore avec Obama, c'est qu'il rempli les stades mais que personne ne le traite, lui , de populiste...

Sinon à propos de foules en liesse, hier soir France 5 a diffusé un excellent docu sur RFK tout en images d'archives et quelques remarquables extraits de discours (trop courts).

N. Holzschuch : oui, des Etats. Et oui, on a déjà vu des effets collatéraux de la 50state-strategy, mais pas une confirmation de cette ampleur. Un ou deux mandats, vu le coût, ç pouvait lisser de la critique. Une dizaine de nouveaux swing states, c'est autre chose.

Richardtrois : si, moi, je l'ai déjà traité de populiste.

Ah bien... tous populistes alors ,
:-)

"Populiste" est un terme souvent choisi pour disqualifier quelqu'un sur la scène politique et pratiquement jamais employé de manière positive.
Lorsqu'il est employé, le plus souvent les intentions sont de tirer le débat politique vers le bas, dans l'insulte ou par résultat d'une incapacité de proposer des contre-arguments ou une autre vision.
Chose remarquable, il est impossible de ne pas remarquer une forme de populisme dans toute candidature présidentielle. A un moment ou un autre cela transparaît.
C'est pour cela (et là je vais être traité de populiste ^^) que certains types d'élus politiques se sentiront toujours plus à l'aise dans un régime parlementaire, car la prise de décision politique leur est plus agréable car elle s'exerce sous le couvert de la responsabilité collective.
Donc lorsque le terme de populiste est employé, on ne peut pas dire que l'accusé soit totalement innocent de populisme ou que l'accusateur soit complètement de bonne foi non plus : car nous avons besoin du dialogue entre la décision personnelle d'un ou d'une seule ainsi que de celle d'un nombre étendu de représentants.

Sinon, ce qui est dommage, c'est que ce blog n'ait jamais fait référence au superbe discours politique "A More Perfect Union" où il est quand même rare de voir un politique moderne s'adresser aux électeurs sur un sujet douloureux, non comme à des enfants mais comme à des adultes.
Cela a été vraiment un moment déterminant de cette pré-campagne démocrate, et un effort que ne semble pas avoir encore produit McCain.

thierryl :
- ce blog a parlé du discours de Philadelphie, plusieurs fois, mais juste en évocation. J'ai en brouillon un billet sur le sujet que je n'ai jamais fini (et too late is too late, quand tout le monde a dit ce qu'il fallait en dire). Ce blog est, je le rappelle, dépendant de mon temps et de mon énergie, et rien d'autre, malheureusement.

- pour le populisme, oui, Obama a sa dose de populisme, de flatterie des attentes du peuple, qui dépassent parfois les autres. Mais dans le contexte américain, je ne vois pas trop qui ne l'est pas. Et son populisme (anti-lobbies, anti-establishment...) s'habille suffisamment d'une échelle de valeurs correcte pour qu'on puisse espérer quelque chose. Il y a du bon populisme...

Gare à la chute, après le rêve de chnagement, néanmoins. Ce qui est arrivé à Sarkozy après son élection pend au nez d'Obama. Sauf qu'Obama est constant, là où Sarkozy était plus fluctuant...


question bete, mais comment t'es-tu retrouvé avec ce monsieur?

Ah, mea culpa pas lu assez attentivement les billets.

Billet passionnant. Ce texte montre bien l'importance d'une stratégie organisationnelle en amont et d'un ressoudage des lignes.
Le système d'informations, la gestion de l'information doivent être réactif. L'utilisation optimum de l'ensemble des moyens devient une condition indispensable pour gagner. C'est ce qui attend le Parti Socialiste aujourd'hui.

On remarquera par ailleurs, que le président des démocrates est un organisateur et pas un participant de la bataille. Ce sont des pistes de réflexion pour la France.

Je profite de ce billet pour te demander si tu pouvais nous montrer tes sources d'info (à part Politico) sur la présidentielle américaine, histoire qu'on mette nous agrégateurs à jour. :-)
Au fait, le dîner était bon ?

Très interessant !

Je ne vois pas le lien entre une 50-state strategy pendant les primaires (c'est évident qu'il a eu raison) et pendant l'election générale (là, je coince complètement). A quoi ça servirait, par exemple, d'investir des sous et du temps pour perdre de 10% au Texas plutôt que de 23% (l'avance de Bush en 2004) ? Ca n'apporte rien d'un point de vue grands électeurs, et il faudra se mouiller sur des thèmes (avortement, immigration, redistribution, ...) qui pourraient bien avoir un impact négatif ailleurs. Bref, 50 state strategy = réduire l'écart au Texas pour perdre les swing States. Ca m'a l'air le meilleur moyen pour gagner le popular vote tout en se faisant éclater au collège des grands électeurs.

L'argument "Avec Dean au DNC, ça a marché" ne tient pas: pour le Sénat ou la Chambre, on a des candidats différents, donc des discours différents selon le contexte politique local. Il n'y a pas vraiment d'exigence de cohérence nationale. Avec un candidat unique, la cohérence est obligatoire. Ce qu'il dit au Texas pour plaire aux Texans sera entendu partout, et il ne pourra changer de discours en Californie.

Sinon, au hasard, deux-trois questions, peut-être en avez vous parlé:
- Il y aura-t-il une différence de moyens considérable entre Obama et McCain ? Dans la foulée, pour qui penchent les milieux d'affaires "raisonnables" (i.e. pas Blackwater ou les pétroliers) ? Un peu plus pour les démocrates qu'avant, ou pas du tout ?

- Pour les veep potentiels, rien sur Jim Webb ou Sam Nunn (qui ne voudra pas, parait-il) ? Ou sur quelqu'un d'autre ? Rien, même pas un début d'indice :-) ?

LSR

romain blachier : tu sais, je dine ou déjeune avec plein de gens dont je ne parle pas (même parfois avec des prix nobel, c'est dire). En l'occurrence, il fait une visite en france et rencontre diverses personnes pour créer des liens pour l'équipe d'Obama. Diner organisé par la fondation terra nova autour de quelques personnes.

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abadinte : oui sur le rôle du président de la DNC, mais c'est traditionnel. Le parti joue le rôle de support logistique au candidat.

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Bix : il y en a une bonne sélection sur http://www.netvibes.com/versac (trois onglets avec de bonnes sources)

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Elessar : c'est justement ce que j'explique, mais qui semble avoir du mal à passer. Sous l'impulsion d'Obama, des Etats qui étaient considérés comme perdus passent en mode "tangeant". Le fait d'avoir reconstitué sur place des réseaux et une équipe permet de les investir lors de l'élection générale.

Dean n'a pas unifié le parti, ce n'est pas du tout ça, la -state-strategy. Il a juste donné aux responsables locaux de meilleurs outils pour organiser leur militantisme local (fichiers, marketing politique, formation...). De ce point de vue, ça permet de gagner en efficacité pour les élections locales, les midterms comme les élections générales.

Sinon, non, on n'a pas parlé des derniers sujets. Non que je n'aurais aimé parler au moins du premier. Mais il y a de la littérature en ligne dessus, et j'ai tendanc eà croire qu'Obama aura un trésor de guerre important. Piste : le don moyen par soutien est de moins de 100$, il y a moyen de leur faire donner un peu plus, dans des effets très forts.

Sur les veeps, honnètement, il était sec comme un clou. Je pense que la décision sera prise dans un tout petit cercle, et très personnelle. Plouffe et Axelrod comme seuls dans la boucle, sans doute.

@LSR: "Penser avec un coup d'avance", c'est aussi se projeter dans les autres élections (Chambre, Sénat, mid-term). Avoir un président, c'est bien, mais s'il ne peut rien faire parce que le parlement est contre lui, c'est moins bien. L'exemple le plus récent, c'est Bill Clinton pendant les six dernières années de sa présidence. La stratégie de Dean (et de Nancy Pelosi), c'est de tout faire pour maintenir et agrandir la majorité démocrate au parlement.

Or une partie des représentants sera élue en novembre, le même jour que le président. Avec un candidat brillant et motivant, plus d'électeurs se dérangeront pour voter pour lui, même dans un état durablement républicain comme le Texas. Et en même temps qu'ils voteront pour lui, tant qu'à faire, ils voteront pour le candidat Démocrate à la Chambre ou a Sénat, c'est logique. Et voilà pourquoi "perdre le Texas avec 10 % des voix au lieu de 23 %" a un sens : parce que ça se traduit par gagner des sièges au parlement, et ainsi conforter sa majorité. Les américains appellent ça les "coat tails".

Il y a aussi un effet "Poker". Le nouveau candidat met en jeu des états qui ne le sont pas habituellement. Le candidat républicain va être obligé de dépenser son argent partout, dans les 50 états, au lieu de pouvoir se reposer sur des états "sûrs", où il n'a pas besoin de faire campagne. À ce jeu là, c'est celui qui a le moins d'argent qui risque de perdre. Or (pour une fois) c'est le candidat républicain qui a moins d'argent que le démocrate. Notamment à cause de la réforme... McCain/Feingold, qui plafonne les donations à 2300 $ par personne.

Chapeau pour ce billet!

Là vraiment, Versac tu (je me permets de te tutoiyer) me decois énormément car tu montres bien que tu ne comprends pas la politique américaine et que tu ne connais pas le parti Démocrate. La stratégie des 50 états a été un échec considérable parce qu’elle a affaibli les deux candidats considérablement en transformant une élection en un duel à mort. Sais-tu pourquoi cette stratégie est une erreur ? Parce qu’elle fait croire que tous les états sont égaux pour les Démocrates alors qu’il y a des états qu’ils n’ont aucune chance de remporter. Aucun Démocrate sérieux ne peut dire que le Montana est l’équivalent de la Floride ou que le Colorado est égal au Michigan. Mais pour reparler des candidats, tu trouves Clinton irritante mais permets-moi de te dire que c’est enfantin d’analyser de politique de cette manière sans voir le côté pratique des choses et sans comprendre que les politiques n’ont besoin d’être beaux et gentils pour être légitimes et compétents. Le problème des Démocrates est qu’ils ont réussi avec le talent qu’on leur connaît à transformer une élection entre un homme et une femme en quelque chose de sale. Tout cet enthousiasme autour d’Obama empêche trop de gens de réaliser que quelque chose s’est brisée durant cette élection et qu’Obama n’aura pas le temps de recoller les morceaux. Je vis à Washington et je peux de dire qu’assez de gens en ont marre de Dean et son parti Démocrate pour leur faire perdre une élection qui était, comme celle de 2007 pour le parti socialiste gagnée d’avance. Je suis ironique évidement car aucune élection n’est gagnée d’avance. Nous savons tous que pour gagner une élection présidentielle il faut un parti soudé et un candidat qui sait donner à ses adversaires l’opportunité de perdre sans que ses partisans ne les qualifient d’irritant lorsqu’ils sont sympathiques comme tu l’es ou de racistes quand ils sont incultes ou de mauvaise foi. Tu sais pourquoi Clinton semble irritante aux gens qui croient en Obama c’est tout simplement elle croit sincèrement qu’Obama ne peut pas gagner et l’erreur que trop de gens font est de continuer de donner des raisons à ses supporters (elle en a beaucoup) de rester sur le banc de touche en faisant d’elle et de sa famille une cible. Obama et les siens ont gagné mais cela ne suffit pas il faut qu’ils anéantissent les Clintons et qu’ils fassent d’Hillary la sorcière qui sera, de toutes les façons, responsable s’ils ne gagnent pas. Je te fais le pari risqué qu’en Novembre, tu nous écriras un billet qui nous expliquera qu’Obama a perdu à cause des Clintons en refusant de reconnaître qu’en politique on ne détruit son adversaire que lorsqu’on n’a pas besoin de lui.

Je pense qu'Hilary Clinton avait plus de chances à l'arrivée de remporter l'élection mais je serais ravi qu'Obama gagne contre un républicain ultra libéral.

Kiki : tu as le droit d'être pro-Clinton, mais pas de me prêter des procès d'intention ou de me donner des leçons. La défaire est sans doute amère, mais un peu de retenue : ce que tu exprimes relève plus de l'avis qu'autre chose.

- la 50-state-strategy ne fait pas croire à l'égalité des Etats. Elle réinvestit des territoires abandonnés.
- la 5SS n'a pas créé cette "guerre" entre deux camps, elle a permis à des millions d'américains de s'inscrire comme démocrate sur les listes
- la primaire se finit dans la douleur pour un camp, mais si on regarde l'engouement énorme créé par cette primaire, on ne peut que se réjouir

Quant à la stratégie gagnante, on en reparlera en Novembre, mais je ne suis pas sûr que celle ayant mené aux défaires de 2000 et 2004 était forcément à reconduire. Vous avez un leader qui n'a jamais levé autant d'argent et d'hoommes derrière lui. Profitez-en, plutôt que de croire que cela ne sera qu'une perte...

Versac, Versac, je ne te fais aucun procès d’intention, je dis juste que tes analyses sur la politique américaine sont superficielles et que la façon dont tu juges les prétendus succès de la stratégie des 50 états montrent bien que ta vision des choses est limitée. Cette stratégie a été si efficace qu’Howard Dean quoi qu’il arrive en Novembre ne sera pas reconduit le chef des Démocrates après l’élection et surtout que cette supposée stratégie de génie s’arrêtera après cette élection. Je crois que ce que tu ne comprends pas est que la politique aux Etats-Unis n’est comme la politique en France et que cette lubie de réinvestir les territoires abandonnés est une ineptie parce qu’elle ignore les problèmes de fond, les idées, les solutions à des problèmes concrets et complexes qui font la matière grise de la politique. La preuve est que tu n’arrives pas de parler de Clinton ou d’Obama en parlant vraiment de politique. Quant aux élections de 2000, 2002, et 2004, les Démocrates les ont perdues non seulement parce qu’ils étaient sur la défensive mais aussi parce qu’ils ont laissé les Républicains les définir. Le problème avec Dean n’est pas qu’il veuille changer les choses mais qu’il n’est pas un leader ou un créateur mais simplement un bon stratège qui hélas ne réalise pas l’importance d’avoir une identité politique et des principes qu’on met au dessus des mots, des rêves, des petits intérêts personnels ou de clans, de tout. C’est pourquoi je pense qu’il aurait fait un meilleur candidat que Kerry en 2004 parce que ce qui a manqué à Kerry en 2004 était non pas la matière grise mais une stratégie. Ce que j’essaye de te dire Versac et que malheureusement tu ne comprends pas parce que je m’exprime sans doute pas assez vbien est que ton billet parle d’Obama et de la politique américaine comme certains analystes américains parlaient de la guerre en Irak avant qu’elle ne commence en 2003 sans réaliser que l’histoire et les réalités locales sont importantes. Mon cher Versac, il suffit de passer une petite heure avec l’américain moyen qui est obnubilé non par cette élection mais par les hics de sa vie quotidienne pour comprendre que parler de politique américaine en ne parlant qu’aux conseillers, en ne comprenant pas que la distance ne te fais que voir qu’une partie des choses est une erreur. Tu lis Politico, je suis contente pour toi mais je te conseille de venir à Washington et je te ferais comprendre que le principal problème de l’Amérique est justement cet écart qui existe entre ce qu’on appelle the creative class et le reste du monde.
Je te le dis avec tout le respect du monde Versac (je kiffe ton blog) parce que je crois que trop de gens ne comprennent pas cela. Durant la campagne présidentielle Française, des tas de bloggeurs américains expliquaient à leur lecteur que Sarkozy était Le Pen sans le racisme ou que Ségolène Royal était Chavez sans le pétrole. Tu commets la même erreur parce que tu crois que tout vient d’en haut et le bas n'a plus d'importance.

Chère Kiki,
quand tu dis qu'Howard Dean ne sera pas reconduit comme chairman en novembre, je veux bien te croire. Après tout, je suis trop loin de Washington pour entendre les bruits de couloir.

Mais quand tu dis que sa "50-state strategy" est un échec, j'aimerais bien que tu développes un peu. Si je m'en tiens (bêtement) aux faits, je vois qu'Howard Dean a été élu chairman en février 2005, et les Démocrates ont pris le contrôle des deux chambres du Congrès aux élections qui ont suivi, en novembre 2006, pour la première fois depuis 1995. Cette majorité s'est construite, notamment, sur des sièges obtenus dans des bastions du parti Républicain, comme le Kansas ou l'Indiana. Depuis 2006, les Démocrates continuent à grignoter des sièges aux républicains à chaque élection partielle, y compris dans des circonscriptions réputées imprenables, comme la sixième de Louisianne (Don Cazayoux, élu le 6 mai 2008) ou la 1ère du Mississipi (Travis Childers, élu le 20 mai 2008).

Alors, si la 50-state strategy est un échec, c'est quand même un échec qui a permis aux démocrates de reprendre le pouvoir. Des échecs comme ça, je suis sûr qu'en France, ils seraient preneurs.

Cher N.,
Reprendre le pouvoir? Le dernier président s'appelait Bill Clinton, les Démocrates ont gagné en 2004 non pas à cause de la 50 states stragegy mais parce qu'ils ont pour une fois su exploiter l'impopularité d'un président et d'une guerre. C'est comme si tu me disais que le PS avait repris le pouvoir en 2006 parce qu'il avait gagné quelques élections. Ce qu'il faut comprendre est que les démocrates comme les socialistes ont un vrai probleme d'identité et que pour cette raison ils ne gagnent les élections présidentielles que lorsqu'ils réussissent à trouver un moyen de convaincre les couches populaires qu'ils ont des leurs. C'est plus qu'un probleme d'image et de com mais une question de parler cash en acceptant que les petites gens ne veulent pas qu'on les méprise ou qu'on les inspire mais qu'on les comprenne sans ridiculiser leur mode de vie et leur manque de culture. La 50 states stragey est une idée vide parce qu'elle ne définit pas ce qu'est un démocrate pour ne pas créer de dissensions. Bref, les démocrates c'est le PS et Howard Dean, c'est Hollande sans l'humour, le tact, et la verve.

Je serais beaucoup plus nuancé que toi, Kiki, sur la 50 States Strategy conduite par Obama durant la course à l'investiture et désormais la présidentielle. Tout simplement car ce type de stratégie, plutôt novatrice lors de la course à la nomination et dans une optique de party-building n'est pas possible à mettre en oeuvre pendant la présidentielle. Ce qui compte, ce n'est pas d'aller dans tous les Etats, c'est d'obtenir 270 votes. Certes, la présidentielle de 2008 concernera plus d'Etats que l'Ohio et la Floride en 2000-2004, mais il ne faut pas s'y tromper: il est évidemment hors de question de réellement faire campagne dans 50 Etats. Bien sûr, Obama accordera un peu d'attention à certains petits Etats et au Colorado, à la Virginie et au Nevada, mais il concentrera l'essentiel de ses forces sur les swing states, la Floride, le Michigan et la Pennsylvanie ( car il y aura plus fort à faire que Kerry et Gore) ainsi que sur le Mississipi qu'il peut remporter et peut-être l'Arkansas- peu de chances quand même.
Mais là ou je suis d'accord avec toi, c'est qu'on ne peut pas comprendre la campagne 2008 "d'en haut", ce qui est évidemment un double handicap pour un blog qui en est toujours réduit à recracher ce qui s'est dit ailleurs et qui croit encore que la politique américaine se résume à The West Wing et des plans séquences à la Maison Blanche.

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